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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 19:09

Le goût de l’effort chez l’enfant précoce ?

 

Combien de fois ai-je entendu cette question en conférence : « Comment leur donner le goût de l’effort ? » et combien de fois ai-je répondu : « Là, je n’ai pas de piste, qui a une piste dans la salle ? Question suivante…» et je n’ai jamais eu de réponses. Mais je ne me suis pas arrêté là. J’ai cherché, et au moment où je ne m’y attendais pas, j’ai enfin eu cette porte ouverte qui m’a donné une piste, du sens et peut-être une hypothèse à creuser. Pourquoi cette question est si vitale pour un jeune à haut potentiel ? Pourquoi est-ce si crucial ? Pourquoi sont-ils touchés encore plus que la moyenne de leurs pairs par cette problématique du goût de l’effort ? Une fois encore, l’effet loupe se révélait exact pour les précoces.

En écoutant au mois de mars 2012 à La Rochelle, Jean-Marie Petitclerc, prêtre salésien, (polytechnicien, éducateur spécialisé, directeur de l'association de réinsertion de jeunes Le Valdocco près de Lyon, expert des questions d'éducation dans les zones sensibles et auteur d'ouvrages de référence sur l'éducation), une porte s’est ouverte : la question du sens.

Pour nos jeunes d’aujourd’hui, la question du sens est première et les réponses délicates. Ils ne voient pas le sens de l’apprentissage. A quoi cela sert de travailler à l’Ecole, au collège ou au lycée dans un monde où l’avenir est trouble ? Quand on interroge des jeunes de 13 à 16 ans, à quoi vous fait penser demain ? Ils expriment majoritairement trois réponses : Le chômage, le réchauffement climatique, la montée du terrorisme. Dans notre pays particulièrement, les adultes véhiculent ce pessimisme ambiant : « Hier, c’était bien, aujourd’hui, c’est difficile, demain, ce sera catastrophique ». Alors pourquoi se forcer à travailler pour aller vers la catastrophe ?

Ce qui donne sens à l’effort, c’est d’avoir des buts, se fixer des objectifs, se projeter dans l’avenir. Pour développer le goût de l’effort chez nos jeunes, nous avons à réinvestir l’avenir, à les aider à investir l’avenir, à être porteurs d’espoir dans notre monde de demain. Nous adultes, nous devons porter un regard positif sur Demain.

Nous comprenons également mieux pourquoi nos jeunes sont d’avantage portés vers l’immédiateté, le tout, tout de suite, plutôt que vers l’avenir. J-M Petitclerc parle du primat de l’instant sur la durée, du dictat du tout, tout de suite.

Je reprendrai mon ami Olivier Revol, pédopsychiatre, chef de service et conférencier sur les questions de précocité (entre autres sujets) qui développe de plus en plus le thème de l’enchantement. Les enfants précoces sont régulièrement « désenchantés ». Comment les « ré enchanter » ? Comment leur redonner le désir d’avenir, de s’investir, de construire ? Quand on sait qu’ils sont des sentinelles sociétales, aidons-les dans leur projet de sauver le Monde, de le modifier. Accompagnons-les dans leur soif d’idéal plutôt que de les « désenchanter » ? Ils veulent souvent travailler dans une organisation humanitaire, accompagnons-les, dans une profession qui aidera à combattre le réchauffement climatique, accompagnons-les, dans un service de chirurgie cardiaque pour sauver des personnes, favorisons ces rêves. Et cela dès tout petit et peut-être qu’ils développeront une espérance en l’avenir qui aura comme conséquence de leur donner du sens aux apprentissages à mener pour atteindre leur but. Aidons-les à rêver plutôt qu’à devenir des soldats de l’ennui, amorphes, sans avenir qui les enthousiasme ?

Il prend tout son sens ici sur le goût de l’effort qui n’est qu’une conséquence d’un climat ambiant, bien qu’on puisse modérer ce propos. Avions-nous il y a 20 ans autant ce goût de l’effort que nous voudrions le dire ? J’ai des souvenirs personnels qui me rappellent que je passais beaucoup de temps sur ma période lycée au bistrot d’en face à jouer au flipper et au baby-foot plutôt qu’à aller en cours de philosophie. Avais-je moi aussi ce goût de l’effort chevillé au corps ? Non, mais l’institution famille jouait son rôle à plein et mon père m’a rappelé à l’ordre pour mon deuxième passage du baccalauréat. Le goût de l’effort, je l’ai eu plus tard, lorsque je savais ce que je voulais faire, lorsque j’avais conscientisé ma vocation de devenir professeur. Et curieusement, je me suis mis à travailler.

La première mission du professeur, c’est de donner du sens à ce qu’il doit transmettre. Et la première chose qu’il doit transmettre, si j’ose parler de chose, c’est la confiance. Respecter le programme ne fait pas sens, distribuer de mauvaises notes ne crée pas de dynamisme intellectuel, négliger la qualité de la relation altère la transmission de connaissances.

Alors,

- Donnons du sens aux apprentissages,

- Fixons des objectifs, faire pétiller l’avenir

- Plaçons le jeune en situation de réussite,

- Prenons soin de la relation éducative,

…C’est ainsi que nous aiderons le jeune à découvrir le plaisir de l’effort d’apprendre, le sens de l’effort qui conduit notamment nos jeunes précoces à vouloir changer le Monde.

Il me semble avoir mal posé la question de départ qui a mis tant de temps à faire sens, d’où le manque de piste. Il fallait chercher des pistes du côté de l’être et non du faire. Ce n’est pas comment faire pour leur donner le goût de l’effort, mais comment être pour qu’ils développent leur potentiel. Souvent, au lieu de chercher la bonne réponse, il vaut mieux chercher à formuler correctement la question !

Plein de bonheurs à vous tous

Jean-François
 

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commentaires

C
Mes 2 ados plongent au niveau scolaire (3è et 1è) parce qu'elles ne savent pas ce que travailler veut dire... La notion d'efforts leur est inconnue... Elles ont l'impression que 30 minutes de travail à la maison c'est assez, elles ne comprennent pas ni le discours des profs, ni le mien... je suis assez désemparée..
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A
Merci pour cette piqure de rappel ! j'avais besoin d'un discours clair, simple, en somme humain, pour relativiser cette "démotivation" latente que je ressens à l'égard de mon petit zebre, et honnêtement vis-à-vis de moi-même parfois.
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G
Le gout de l'effort ! pourquoi ? le gout du travail oui, l'envie de réussir aussi, l'objectif à atteindre très bien. Si on peut arriver à tout cela sans effort, c'est aussi bien. Pour moi &quot;effort&quot;, égal &quot;forcer&quot;, c'est un peu contre nature. Par exemple, une voiture prévue pour rouler à une certaine vitesse, va très bien, ne la poussons pas trop loin, elle va s'user. Pas d'effort, chaque individu à sa capacité, un EIP aussi, restons dans le plaisir, donc oui travail, oui aux reussites.<br /> Qui veut voyager loin, ménage sa monture !<br /> <br /> Gilles
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J
Je me laisse interpeller par ton message. Le problème du plaisir. On peut prendre plaisir à faire des efforts, à s'impliquer dans une tâche. Ce n'est pas négatif en terme de ressentis. Par moments, afin d'automatiser une tâche, il est important de se forcer un peu, comme en sport... Et cela peut être bon sur le moment, cela peut renforcer une image positive de soi, une fierté. Ce n'est pas de l'esclavage, le goût de l'effort. C'est aussi se respecter et respecter les autres, les contraintes d'une situation...
P
Bonjour,<br /> je partage entièrement l'avis de Gilles, cette histoire d'effort, avec le recul, me semble absurde. Ayant des facilités dans certains domaines, pourquoi ne pas simplement glisser sur son élan, faire ce qui &quot;veut se faire&quot; spontanément ... pourquoi forcer quand, a priori encore plus pour des EIP, tant de choses viennent sans effort ? Le contre-courant bouffe une énergie folle et souvent vaine. Trouver le courant est une démarche à développer. <br /> Très longtemps j'ai eu l'impression que j'étais une &quot;feignasse&quot;, incapable de &quot;travailler&quot;, de faire le moindre effort... jusqu'à ce qu'à plusieurs reprises on s'étonne franchement de me voir passer des heures concentrée sur une activité. Activité que je ne considérais moi ni comme un effort, ni comme un travail, renforçant ma sensation d'être inapte à la tâche... <br /> Depuis, jeune maman, j'ai découvert la théorie de Montessori et des périodes sensibles, durant lesquelles un enfant peut porter une énergie follement efficace sur une compétence particulière. Dès lors, j'ai eu la nette impression que même pour les adultes, il y a des périodes sensibles, des cycles au cours desquels un apprentissage et(ou) un travail se font, sans effort, sans forçage, par pur élan... qu'en pensez-vous ? (je précise que je ne parle ici que d'effort pour apprendre, je suis consciente qu'il existe d'autres travaux d'efforts, nécessaires pour d'autres raisons)
S
J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter. <br /> <br /> Cordialement
Répondre
O
Merci très beaucoup pour cet article. Sympa.
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  • : Le blog de Jean-François LAURENT
  • : Présentation de mes activités de formateur, conférencier et écrivain dans les domaines de l'éducation : enfants intellectuellement précoces, HPI, EIP, APIE, ainsi que tout ce qui touche l'autorité, la violence, le conflit, les règles dans les établissements scolaires. Me retrouver sur le site : www.jeanfrancoislaurent.com
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