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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 17:51

A quoi on dit oui ?

Cet été, je l’ai passé à observer, agir, interagir sur la problématique de la confiance du tout petit enfant. Ma vie est faite ainsi qu’étant à l’age où je n’aurais plus d’enfant, je me pose cette question clé. Comment se bâtit cette confiance au quotidien ? Comment se crée-t-elle ? Concrètement ! Peut-être me fallait-il cette distance entre le temps où j’éduquais mes enfants et le temps où j’ai l’immense chance d’être interpellé par la venue d’un petit enfant mais interpellé par l’expérience de la maturité.

Il est facile de déclarer et tout le monde est d’accord sur ce point je l’espère. J’éduque mon enfant à la confiance. Mais le nœud du problème, c’est comment faire ? Comment cela se distille –t-il comme se respire un parfum ?

Ca y est, ce petit a l’âge de marcher et son univers s’est élargi d’un seul coup. Les possibles sont nombreux. Comment peut savoir ce qui est autorisé et ce qui est interdit car dangereux pour lui ou risqué pour nous ? Il ne peut pas savoir et un immense champ d’apprentissage s’ouvre à lui. Il se lève et joue avec une rallonge électrique : « Non ! » Puis attrape le panier à tubes d’homéopathie : « non ! » puis se rend vers un meuble qui ferme mal, ouvre la porte : « Non ! »… et je peux multiplier par cent le nombre d’interdits posés. Il me semble important qu’à chaque non se voit attribué un oui. Cela, non, tu ne peux pas, mais regarde, là tu peux prendre les rouleaux de serviettes et jouer avec. Je te permets de prendre ce journal, je l’ai déjà lu, oui, tu peux. Progressivement, l’enfant va pouvoir faire le tri de ce qui est possible t de ce qui ne l’est pas. Bien sûr, il va revenir pour essayer de mesurer la constance du non et la constance du oui et là, il faut beaucoup de patience.

S’il n’a que des « non », il va vite étouffer et ne pourra pas discerner le oui du non, le possible de l’interdit. S’il était confronté essentiellement à des interdits, il transgresserait beaucoup plus. Le petit sait qu’il a des possibilités de découverte parce que le plus souvent, un non est accompagné d’un possible, d’une ouverture, que j’appellerai ouverture sur la vie et développement de la confiance. Et comme le disait Don Bosco : « Sans confiance, il n’y a pas d’éducation. »

Comment développer la confiance chez le petit si vous ne lui faites pas confiance ? Comment développer la confiance chez le petit si vous ne vous faites pas confiance dans votre capacité d’éduquer ?

Un autre point me paraît important, c’est de manifester les réussites du petit enfant. A chaque fois qu’il réussit quelque chose, nous manifestons notre contentement, nous applaudissons, nous le félicitons. Nous tentons de poser une éducation de la réussite, de l’optimisme, de la joie. Et cet enfant est joyeux. Il est important qu’il mémorise ses réussites pour mieux apprendre et progresser harmonieusement. En manifestant chaque réussite, il intègrera de la confiance.

Comment gérer les émotions dans le cadre éducatif ?

Nous pouvons entendre ici ou là : « Arrête de lui dire qu’il est le plus beau, le plus gentil, que tu l’aimes, il va prendre la grosse tête ! » Bien au contraire, un enfant, tout comme un adulte se nourrit de ces bonnes paroles, de ces chaudoudoux. Il ne peut jamais y en avoir trop quand ils sont sincères. Ils nourrissent l’âme, ils donnent confiance, ils aident à l’équilibre de l’enfant.

La colère

Peut-on exprimer une colère vis-à-vis du petit ? Oui bien sûr si c’est une colère « je ». Je ne suis pas content quand tu fais cela, je ne suis pas d’accord ! » Il n’est pas nécessaire de hurler, juste de changer de ton, de montrer des signes sur son visage et d’accompagner l’enfant en enlevant sa main, quitte à répéter le geste souvent. L’enfant a besoin d’être confronté aux émotions des adultes autour de lui pour les identifier et réagir progressivement en adaptant sa conduite. Mais ne jamais battre cet enfant, même avec une tape sur la main. Jamais. Il perdrait confiance en vous et surtout en lui.

Les pleurs

C’est souvent un des moyens principaux qu’à le tout petit pour exprimer beaucoup de choses : son ras le bol de tomber, son désarroi, sa peur, sa colère (mais on entend le son monter), sa douleur, un manque, la faim, le sommeil… Quand il tombe, lui dire qu’on comprend qu’il pleure et nommer des hypothèses : tu as dû avoir mal, cela t’a surpris, tu n’es pas content, tu as eu peur… Oui, je comprends, pleure, tu as le droit ; puis après un certain temps lui proposer une diversion pour l’aider à tourner la page quand on estime qu’il a eu assez d’espace pour exprimer son émotion. Toute la question repose sur l’estimation, mais faites-vous confiance. Plus vous l’autorisez à pleurer, moins il va pleurer, crier, hurler pour être entendu puisqu’il l’est. Je vous propose d’exclure de votre vocabulaire cette phrase qu’on entend si souvent et que moi-même j’ai trop prononcé quand j’étais jeune papa : « Ce n’est pas grave, c’est rien ! » Oui, il a le droit de pleurer, d’exprimer une émotion avec des pleurs, même quand ce n’est pas grave. Quels moyens a-t’il pour exprimer ses ressentis désagréables ?

La place de la parole donnée chez le petit APIE.

Tout commence déjà si tôt. Mon petit-fils pleurait beaucoup pour s’endormir, sa maman n’étant pas là. Je lui ai donné ma parole que je resterai à côté de lui le temps qu’il s’endorme et je partirai seulement quand il sera endormi. Je lui ai chanté une comptine, puis inventé une petite histoire avant de m’assoir à côté de son lit, par terre. J’ai légèrement bercé son lit, puis ai arrêté et laissé ma main en vue qu’il a touchée, puis je l’ai enlevé doucement. Il a passé son pied à travers les barreaux. Je l’ai caressé 10 secondes, puis je n’ai plus bougé. Il a vérifié que j’étais toujours là. Je lui ai rappelé ma promesse. Il s’est allongé de nouveau et s’est endormi apaisé. J’ai eu une belle illustration de la parole donnée qui compte. Pour tout enfant, mais encore plus un petit HP, la parole donnée doit être tenue.

N’oublions pas qu’écrire un texte sur le développement de la confiance chez le petit enfant est beaucoup plus facile que d’élever un tout petit qui, à chaque pas, nous renvoie à nous-mêmes, à nos espérances, nos désespérances, nos limites, notre croyance au tout pouvoir. Il n’est qu’un révélateur de ce tumulte intérieur. Une des grandes difficultés réside dans le fait que rien n’est jamais acquis. Il y a trois semaines, il ne marchait pas encore. Chaque jour, nous sommes confrontés à des situations nouvelles au vu de ses progrès physiologiques, de sa maturation affective en mouvement constant. Un parent est en perpétuelle adaptation au monde de l’enfant qui s’agrandit chaque jour.

Jean-François Laurent

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