Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 10:23

Une semaine après les événements terroristes, je me pose trois questions :

  • La première – Pourquoi tant d’incidents avec la minute de silence dans les collèges et les lycées ?
  • La deuxième : Cette école fondée sur la compétition ne favorise-t-elle pas cette montée des communautarismes ?
  • La troisième : Quelle est ma part de responsabilité dans ces actes terroristes ?

Pour répondre à la première question, il me semble que cette minute de silence a pu être vécue comme violente par certains jeunes si elle a été imposée de l’extérieur, sans explications et débats sur la symbolique. Nous sommes dans une lutte des symboliques : symbolique des caricatures de Mahomet contre symbolique du recueillement. Certains jeunes ont pu vivre cette minute de silence comme une agression. On leur impose une symbolique qu’ils ne comprennent pas ou à laquelle ils n’adhèrent pas. Double peine, double agression. « En plus, ils me demandent de me recueillir sur un truc auquel je ne crois pas, ce n’est pas possible… »

Dans les établissements où cette minute de silence a été l’occasion au préalable de discussions, débats, compréhension et discernement entre ne pas être en accord avec les caricatures et tuer pour cela. J’ai l’exemple d’un établissement de Lyon où la directrice (catholique de type européenne) est passée dans toutes les classes accompagnée de Tahar, professeur de français, (musulman d’origine nord-africaine) où ils ont suscité le débat, expliqué, distingué, communiqué. Ils ont donné sens à toute cette barbarie. Cette minute de silence a été bouleversante pour l’ensemble des participants : jeunes, éducateurs, profs… Les élèves ne l’ont pas vécu en violence mais en symbole d’une communauté fraternelle.

Par la suite, des élèves de diverses confessions ou origines ont demandé et réalisé un espace de prière, recueillement avec affiches, dessins personnelles, messages, bougies… pour participer à cet élan national.

Pour nos jeunes encore plus que pour nous, ils ont besoin de symboliser, mettre en acte, participer, se projeter.

Bien sûr, cette piste n’est pas exhaustive, elle veut simplement contribuer au débat et n’attend qu’à être complétée.

Cette école fondée sur la compétition ne favorise-t-elle pas cette montée des communautarismes ?

Je fais un parallèle entre cette école qui est, qu’on le veuille ou pas, dans ses pratiques fondée essentiellement sur la compétition : « Tu dois être le premier, tu dois avoir la meilleure note, tu ne dois pas aider ton voisin sans que cela s’appelle de la triche, tu travailles essentiellement seul, tes difficultés sont gommées au nom de la sacro-sainte homogénéité, Tu ne peux pas être en difficultés d’apprentissage par rapport à un rythme extérieur sans être montré du doigt et stigmatisé…. »

Il me semble qu’une école fondée essentiellement sur la coopération plutôt que sur la compétition, sur la sanction réparatrice plutôt que sur la punition humiliante, sur les signes de reconnaissance positifs plutôt que sur la dévalorisation favoriserait l’émergence d’une société plus douce et tolérante. Notre ministre prend l’initiative en réunissant tous les acteurs de l’Ecole afin de réfléchir ensemble sur le comment faire en posant une problématique qui me parle : Qu’est-ce que n’a pas fait l’Ecole pour en arriver là ? Problématique complexe, réponses multiples après une réflexion forte.

J’écoutais ce matin Xavier Bertrand, membre de l’opposition parlementaire sur une chaîne d’information. Changement d’attitude important : « Si nous avions eu la solution, croyez-vous que nous ne l’aurions pas appliquée ? Nous ne l’avons pas seuls (paroles reprises de mémoire). Nous devons r »fléchir ensemble, au-delà de nos divergences, avec nos convergences : laïcité, république, tolérance, liberté… J’ai enfin entendu un discours apaisé, coopératif. Autre signe important, ses anciens réflexes sont revenus : couper la parole au journaliste en parlant en même temps, plus fort, s’imposer par la force. Et il s’est très vite repris en s’excusant et écoutant le journaliste puis en répondant. Nous sommes loin des invectives du parlement j’espère ancienne version.

Cela fait du bien. En cascade, cela produit des effets jusqu’au terme de la chaîne : nos jeunes. Je crois en la pédagogie de l’exemple. Nous n’avons pas été de bons exemples je crois. Et je ne jette pas la pierre aux politiques, aux ecclésiastiques, aux profs, aux forces de l’ordre… La faute, ce n’est pas l’autre, c’est moi aussi.

« Enseigne qui tu es ! »

Alors, ce que je ferai maintenant : je réunirai très vite les membres des communautés éducatives et les ferai travailler ensemble, réfléchir ensemble : élèves, parents, profs, éducateurs, surveillants, responsables des religions, société civile... Ce qu'ils trouveront, je ne le connais pas. Juste mettre en route de l'intelligence collective.

Et j’en arrive à ma troisième question :

Quelle est ma part de responsabilité dans ces actes terroristes ?

Que n’ai-je pas fait ? Qu’ai-je fait ? Qu’ai mal pensé ? Oui, à ma mesure, à mon niveau, dans ma sphère ? La responsabilité, ce ne sont pas que les autres, c’est moi aussi. Posons-nous toutes ces questions individuellement. Que puis-je mettre en place dans ma vie pour être plus tolérant, plus ferme, plus accueillant, plus compréhensif des idées de l’autre. Ai-je toujours eu le bon regard ? Ai-je fermé les yeux ? Comment m’améliorer ? Comment participer à ma mesure, dans mes fonctions, avec mes entourages à œuvrer pour un monde de paix ?

Oui, je sais, ce message ne va pas révolutionner le Monde, c’est ma participation, ma goutte d’eau dans l’océan. Mais je n’oublie jamais que l’Océan est constitué de gouttes d’eau. Oui, je serai lu par 50 ou 100 personnes sur 7 milliards d’individus sur terre. Pas grave, je fais à ma mesure, la mesure de l’Espérance.

Jean-François Laurent

Partager cet article
Repost0

commentaires

Z
Juste, Merci. Pour cette petite goutte d'eau.
Répondre

Qui Suis- Je ?

  • : Le blog de Jean-François LAURENT
  • : Présentation de mes activités de formateur, conférencier et écrivain dans les domaines de l'éducation : enfants intellectuellement précoces, HPI, EIP, APIE, ainsi que tout ce qui touche l'autorité, la violence, le conflit, les règles dans les établissements scolaires. Me retrouver sur le site : www.jeanfrancoislaurent.com
  • Contact

Classe De Cycle 3