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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 06:53
Leur apprendre à dire "oui" avec Jean-François Laurent

Leur apprendre à dire oui

Je suis toujours surpris quand j’entends mon petit-fils répondre à une question et dire : « oui ». C’est quand même surprenant d’être surpris de ce type de réponse. Serai-je surpris si je l’entendais dire : « Non » ? Effectivement non, c’est naturel… ou plutôt culturel puisque un enfant a autant besoin du oui que du non.

J’émets plusieurs hypothèses à ce sujet.

1) Proposer avec chaque non un oui, un possible.

Trop souvent quand l’enfant découvre le Monde, quand son univers géographique s’élargit grâce à la marche, il veut tout attraper, mettre à sa bouche, toucher. Les adultes autour de lui sont donc appelé à souvent dire : « Non ma chérie, ne touche pas, pas ça et écarter les objets à ne pas prendre au risque du danger, de la fragilité, du dérangement. Le plus souvent possible, quand nous devions interdire à l’enfant de prendre tel ou tel objet, d’aller dans tel ou tel endroit… nous lui proposions un oui.

- « Non, Tristan, tu ne peux pas prendre le verre, par contre ce pot en plastique, tu peux, oui !

- « Non, Tristan, tu ne peux pas aller là, c’est dangereux. Par contre, si tu le souhaites, nous pouvons aller de ce côté ! »

2) Toujours respecter le oui et le non.

Quand on lui demande quelque chose et qu’il dit non du type : « tu veux un bisou ? Qu’il réponde par la négative, alors on respecte sa réponse sans chercher non plus à le culpabiliser parce que sa réponse ne va pas dans le sens espéré.

  • « Tu veux un bisou ? Tu veux pas, tu n’es pas gentil, je ne t’aime plus ! » Ce type de phrases est totalement banni car négatif, culpabilisant et non respectueux des choix de l’enfant. » Ensuite, il dira un oui ou un non en fonction des attentes présumées de l’adulte et non en fonction de ses besoins.
  • Ne vous inquiétez pas, l’enfant ne fait pas ce qu’il veut et a un cadre bien défini. Ce respect du oui et du non font partie de ce cadre. Par contre, tout n’est pas négociable, l’enfant doit obligatoirement dire bonjour. On ne lui demande pas s’il veut ou pas. Et s’il refuse, il est repris de cette manière : « Tu n’as pas envie de dire bonjour, mais tu n’as pas le choix, c’est un code, on se dit bonjour. Par contre, on n’est pas obligé de s’embrasser, mais on se fait un petit signe. »

Si on demande à l’enfant s’il veut aller à tel ou tel endroit et qu’il répond par l’affirmative, on répond à sa demande. Sinon, il ne sait plus quoi penser, affirmer et n’exprime pas ses réels besoins. Il y a trois jours, l’enfant est sur mon dos, mais il commence à peser (comme le poids des ans) et je lui demande s’il veut descendre. Il me répond que non. Zut, je voulais le poser au sol et je lui renvoyais la responsabilité certainement pour ne pas me sentir coupable de le laisser marcher alors qu’il n’a pas envie. J’attends trois minutes et lui formule ainsi : « Tristan, j’ai mal au dos, je te pose au sol et nous marchons ensemble. » Et il a marché avec plaisir. La formulation était importante pour moi afin de respecter son oui.

3) Tenir le non comme tenir le oui

Quand un non est posé, il ne devient pas oui par pression de l’enfant. Un non s’accompagne d’explication, un oui également même si en général l’enfant en a moins besoin parce qu’on accède à son désir. « - Ça, je veux bien que tu le prennes, ce n’est pas dangereux et c’est un objet intéressant. »

« - Tu ne peux pas aller jouer dehors parce que c’est l’heure de dormir mon cœur. Je comprends que tu ne sois pas content, mais tu dois dormir. (Pose du cadre) Veux-tu que je te lise une belle histoire ? (alternative, porte de sortie) Viens, tu vas choisir… et très souvent l’enfant se calme et va chercher une histoire pour aller dormir dans un doux rituel du retour au calme et du coucher.

Et parfois, on n’arrive pas à tenir ce cadre. Alors, à ce moment-là, posez un doux et bienveillant regard sur vous.

4) On ne le force jamais

Si on lui pose une question, on ne force jamais alors qu’il a exprimé sa réponse. En respectant son non, il apprend à dire oui. En respectant son oui, il apprend à dire non à bon escient sans opposition systématique. Si on doit l’obliger à quelque chose, on ne lui pose pas de question, on lui donne une consigne. Cette consigne doit être expliquée. Dans une crise d’opposition, l’enfant peut jeter des objets au sol. Vous nommez votre ressenti en parlant de vous et non sur l’enfant. Pour cela, formulez vos phrases avec « Je » : « Je ne suis pas contente, je ne suis pas d’accord, je me sens… (cadre non). Puis vous exprimez des hypothèses : « Je dois avoir un petit garçon bien en colère qui ne comprend pas ou peut-être que tu es trop triste et que tu as trop envie... (Vous mettez des mots sur ses ressentis). N’oublions jamais que la maturité en termes de gestion des émotions s’atteint aux environs de 25 ans. Nous pouvons donc comprendre que le petit enfant soit submergé. C’est physiologiquement normal. Non, il ne le fait pas exprès. Non, ce n’est pas un caprice. Puis vous réparez ensemble et félicitez l’enfant d’avoir réparé : « Bravo mon cœur, c’est très bien, tu as tout rangé, je suis fier de toi, je t’aime. »

Isabelle Filliozat le dit et l’écrit à juste titre, même si cela déconcerte au départ, il me semble qu’elle a raison parce que cela marche quand on le met en place.. Il déborde, proposez lui un câlin, il va prendre une dose d’hormones du bonheur (ocytocine) que son cerveau va sécréter et tout va rentrer dans l’ordre. Il va se calmer et réparer. C’est plus facile, plus agréable, plus économique en temps d’agir de la sorte plutôt que partir dans un conflit d’opposition où nous laissons une sale énergie ainsi que le petit qui absorbe cette sale énergie. Un bon câlin, des paroles douces fermes et réconfortantes, c’est ce que j’appelle l’autorité bienveillante.

C’est bien beau tout cela, mais quand vous avez été élevée dans un autre cadre que je dirai plus « classique », il est difficile de mettre en place un autre système d’actions et de comportements. Alors, soyez douce avec vous-même. Fonctionnez par étapes et par paliers. Je vous propose de commencer par faire attention à vos formulations et quand vous posez une question, cela veut réellement dire que l’enfant a le choix de la réponse et que cette réponse sera respectée. Si c’est oui, c’est oui ! Commencez par là et vous verrez les effets rapidement. Un autre point aussi important, dès qu’il fait quelque chose de bien, de positif, vous le félicitez, vous le manifestez avec des mots. Mais quand il fait ce que nous qualifions dans le langage commun « une bêtise », vous utilisez des phrases « je ».

Je finis cet article avec un clin d’œil tout en affection et admiration pour ma belle-fille, jeune maman qui met en place tous ces concepts, ce système bienveillant avec un tel brio. Elle met en place ce que j’aurais aimé mettre en place pour mes propres enfants, mais je ne connaissais pas. Nous échangeons de son expérience, de ses doutes, de ses découvertes. Dans nos discussions, j’apporte de la théorie, elle met le tout en musique et même me pousse à réfléchir encore plus. Merci !

Belle route à vous.

Jean-François Laurent

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commentaires

A
Bonjour,<br /> <br /> "Regonflée à bloc" après votre conférence ce matin sur Besançon, j'en profite pour vous remercier pour votre intervention.<br /> Je suis éducatrice de jeunes enfants et maman d'un petit garçon de bientôt 3 ans, "intense" ou "hyper tout" : hypersensible, hyper-éxigeant (ses colères sont de véritables "cyclones"), hyper angoissé, hyper observateur, petit dormeur, qui se (et nous !!!) questionne en permanence sur tout... mais aussi passionné d'engins de chantier (non, une pelleteuse à grappin ne ressemble pas à une pelleteuse avec godet ! Évidemment...), avec qui j'en apprend constamment sur le sujet (j'oubliais le vocabulaire d'une précision extrême !). <br /> Sa naissance nous a obligé son papa et moi à remettre en question beaucoup de choses en matière d'éducation, et nos lectures sur la bienveillance, CNV, ect... nous aide à l’accompagner au mieux. Alors je trouve ce clin d'oeil à votre belle-fille très touchant, car la bienveillance de l'entourage est au combien précieuse pour accompagner ses enfants au quotidien.<br /> <br /> Et je suis ravie d'apprendre que vous allez bientôt publier un ouvrage sur la toute petite enfance, car on en trouve très peu sur le sujet !<br /> <br /> Au plaisir de vous lire donc !
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J
Merci pour ces beaux chaudoudoux. J'ai beaucoup aimé mes deux jours à Besançon : de belles rencontres, de belles conférences... Longue vie à vous, Jean-François

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  • : Présentation de mes activités de formateur, conférencier et écrivain dans les domaines de l'éducation : enfants intellectuellement précoces, HPI, EIP, APIE, ainsi que tout ce qui touche l'autorité, la violence, le conflit, les règles dans les établissements scolaires. Me retrouver sur le site : www.jeanfrancoislaurent.com
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