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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 09:49
La réparation chez le précoce avec Jean-François Laurent

Travailler la réparation : Proposer une sortie de la transgression par le haut

Cette année, mon fil rouge sera la sortie par le haut et le rapport à la peur, émotion envahissante pour un APPIE.

Qu’est-ce que j’entends par sortie par le haut ?

Lors d’un conflit ou d’une transgression de règles, le jeune ou moins jeune d’ailleurs, notamment chez les précoces (en tout cas, c’est accentué chez eux), la personne peut se sentir coupable et avoir un poids à transporter en rapport à la transgression qu’elle a commise. Elle se sent mal. Pour se sentir bien, elle a besoin de pouvoir réparer, se racheter. La méthode classique de gestion des conflits est de punir la victime qui peut trouver quelque part un moyen de « racheter sa faute » en souffrant, en s’infligeant un autre préjudice à la hauteur de la transgression afin de se retrouver à égalité avec la victime. De ce fait d’ailleurs, elle peut se sentir victime très facilement d’une injustice par la nature ou l’ampleur de la punition qu’on lui a infligée. Mais la personne conserve au fond d’elle son statut négatif de transgresseur. Nous mettons face à face ou à égalité pour résoudre le conflit la victime qui se sent mal d’avoir été victime et de subir un préjudice et le transgresseur qui se retrouve face à son erreur sans pouvoir faire autrement que subir, rejeter, se culpabiliser, se sentir mal.

De plus, l’image qui lui est renvoyée est négative. La personne risque de perdre une nouvelle fois confiance en elle. Plus elle perdra confiance en elle, plus le risque de transgresser de nouveau est élevé. De plus, la personne qui a commis la transgression n’a rien appris sur cette transgression et si dans le futur, la même situation se reproduit, rien ne garantit qu’elle saura mieux gérer la situation.

Pour nous éducateurs, qu’on soit professionnels ou parents, il est indispensable de proposer au transgresseur la possibilité de réparer. Nous sommes en position de gérer un conflit, nous pouvons aller dans cette direction avec cette simple phrase à avoir en tête et de tenter d’y répondre :

« DE QUOI J’AI BESOIN POUR ME SENTIR BIEN AVEC LUI OU ELLE ? »

Vous gérez un conflit entre deux personnes, vous proposez aux deux protagonistes de répondre à cette même question. En répondant à cette question, nous nous rapprochons de la réparation. Un enfant, un élève a transgressé une règle de la vie de la classe ou de la maison, je suis l’adulte responsable, de quoi ai-je besoin pour me sentir bien avec le jeune pour poursuivre une belle relation avec lui ? En conférence, je propose au public de retenir cette phrase et de la mettre en place. Pour moi, il s’agit bien d’une sortie par le haut qu’il faut proposer au transgresseur.

Je vous propose un exemple.

« Jules, adolescent de 14 ans, s’est levé cette nuit pour aller aux toilettes, mais il avait faim et a trouvé l’assiette de cookies que sa maman avait préparé pour le petit déjeuner familial du samedi. Sans réfléchir, il plonge et mange une bonne moitié de l’assiette et retourne se coucher. Au lever, quelle ne fut pas la mauvaise surprise pour la mère de famille de retrouver son assiette amputée de la moitié de ses gâteaux. Demandant à ses enfants qui avait mangé, personne ne répondit par l’affirmative jusqu’à ce que Jules reconnaisse que c’était lui le gourmand goulu.

Elle aurait pu le priver de console durant une semaine ou de sortie pour le week-end, mais qu’aurait appris notre jeune ? Rien de positif si ce n’est la rancœur, le vengeance, une mauvaise image de lui… mais sa maman réfléchit et se posa cette question : « De quoi ai-je besoin pour que mon fils répare et qu’ainsi je me sente bien avec lui, que je puisse lui faire confiance de nouveau et qu’il sorte gagnant de cette transgression ?

Elle décida de refaire des gâteaux l’après-midi même avec son enfant qui sera obligé de rester avec sa mère plutôt que d’aller avec ses copains. Il accepta la sanction réparatrice. La mère et son fils passèrent deux heures dans la cuisine de bon temps. Jules cuisina avec sa mère et apprit ainsi à fabriquer des cookies. Il fit même la vaisselle.

Le lendemain matin, C’est Jules qui apporta l’assiette de gâteaux et expliqua la situation : « Hier, j’ai mangé dans la nuit presque tous les cookies que maman nous avait préparés pour le petit déjeuner. Je suis désolé, je n’avais pas mesuré. Hier après-midi, nous en avons fait de nouveau, mais cette fois ensemble et j’ai aidé maman. »

D’avoir permis à son fils de réparer de cette manière est le meilleur moyen pour qu’il ne récidive pas. Ils ont passé également deux heures ensemble où leur complicité a trouvé lieu et temps d’expression. La réparation fait du bien à celui qui la demande ainsi qu’à celui qui la réalise. Elle peut être contraignante, mais elle est là pour préparer l’avenir, pour que le jeune apprenne.

Cette posture de sanction réparation, sortie par le haut fonctionne particulièrement avec des précoces très allergiques à la punition dont ils mesurent très vite les limites. La sanction réparation permet au jeune et au précoce en particulier, ce jeune qui a tant besoin de cadre de grandir rassuré et en harmonie, mais également en confiance. Le jeune peut transgresser sans perdre son capital confiance. Le but ultime étant même que le jeune gagne en confiance lors d’une transgression. Plus il aura confiance, moins il transgressera.

Un autre avantage d’utiliser la sanction réparatrice comme modèle de résolution des conflits est que la personne détentrice de l’autorité et chargée de la faire respecter sortira grandie de la gestion d’une transgression. Souvent, au fond de lui, le punisseur se sent mal, n’est pas satisfait de lui, pas fier de lui. Dans le meilleur des cas, il ne ressent rien, dans le pire, il se sent mal. Poser un acte punitif engendre des sentiments négatifs alors que poser une réparation apporte du positif, de la vie, du bonheur. Il sait en punissant qu’il abime la relation, qu’il abime l’image du transgresseur et la sienne par effet de ricochet. Il ne passe pas du « bon temps » avec le jeune qu’il reprend. Alors que dans le cadre de la sanction réparatrice, le gérant de la transgression s’applique à respecter la personne, cherche des alternatives intéressantes, prépare l’avenir, développe l’empathie chez l’autre, et donc chez lui. Il cherche à renforcer le lien, à apprendre au jeune.

N’oublions pas qu’un jeune précoce a besoin régulièrement de se frotter au cadre, d’en voir la résistance pour vérifier si ce cadre le contient. Et parfois il vérifie souvent…

Jean-François Laurent

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Qui Suis- Je ?

  • : Le blog de Jean-François LAURENT
  • : Présentation de mes activités de formateur, conférencier et écrivain dans les domaines de l'éducation : enfants intellectuellement précoces, HPI, EIP, APIE, ainsi que tout ce qui touche l'autorité, la violence, le conflit, les règles dans les établissements scolaires. Me retrouver sur le site : www.jeanfrancoislaurent.com
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