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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 23:10

 

     Je partage avec vous les tempêtes émotionnelles, météo très en vogue chez les précoces. Bien sûr, pas uniquement chez les précoces, mais pratiquement toujours présentes chez  nos petits précoces détectés. Eux, encore plus que les autres ont énormément de difficultés à juguler leurs émotions qui prennent une tournure des plus "volcaniques et éruptives".

 

 

 

   N'oublions pas de rappeler que le cerveau est mature au cours de la troisième décennie et plutôt dans la seconde moitié. Il est donc logique qu'un enfant ait des difficultés à gérer ses émotions, mais chez nos petits précoces, cela prend souvent une ampleur  imprévisible.

   Un événement arrive, l'enfant prend de plein fouet une émotion qui monte en lui telle une vague et le submerge. il ne contrôle plus, il faut que "ça sorte" d'une manière ou d'une autre. Il se met à adopter une attitude illisible pour une personne non avertie. Il "mord, tape (y compris, voire surtout sa maman), hurle, détruit, se sauve, se met en crise,  jette son repas, tape du pied, dans les murs... On ne sait plus quoi faire, que comprendre, comment agir. Faut-il stopper la crise de façon ferme et autoritaire ? Faut-il laisser faire ? Faire semblant ? Discuter ?

 

  D'abord, je vous invite à ne pas prendre au pied de la lettre les signes d'expression de la crise. L'émotion est une vague qui vient et repart. En tout premier lieu, s'il est en train de vous taper, stopper le geste et lui proposer une autre porte d'expression de cette énergie qui le submerge. D'abord recueillir l'expression de cette émotion, la laisser sortir et s'exprimer, inviter l'enfant à l'exprimer. L'entendre va permettre à l'enfant de redescendre plus vite. Vous pouvez, en fonction de vous, votre enfant, du lieu où vous êtes, de votre forme du moment : courir avec lui, le contenir, respirer, chiffonner du papier, malaxer, taper dans un ballon, un sac..., crier, aller marcher, câliner, sauter, pleurer... Après avoir veillé à ce que l'enfant ne se mette pas en danger, y compris de se faire mal. Vous accompagnez de la voix, vous accusez réception de ce que vous voyez, ressentez de la situation.

 

   Dans un deuxième temps, une fois que la première vague d'émotion est passée, que le pic est derrière nous, vous pouvez nommer ce que vous avez ressenti : "J'ai vu un enfant très en colère, déçu, très fâché..." S'il le peut, faites-le parler, s'il ne peut pas, entourez-le d'amour. Isabelle Filliozat parle de son réservoir d'amour qu'il faut recharger en urgence. Embrassez-le? Entourez-le de votre voix. L'heure de explications viendra plus tard. Sortez votre décodeur. Que voulait-il exprimer, dire qu'il ne sait pas lui-même ? Vous allez le questionner et explorer sa vie, ses difficultés, émettre des hypothèses.

   Une fois que vous avez trouvé, vous allez pouvoir mieux répondre au besoin non satisfait déclencheur de la tempête.

 

   Le problème, quand on est précoce, (et même quand on ne l'est pas, mais l'amplitude n'est pas forcément la même), c'est qu'on peut subir des tempêtes régulièrement et que ces tempêtes sont à effet "kiss coll" : double effet. Le premier est de mettre l'enfant, voire l'adulte dans une situation qui ne lui renvoie pas une belle image. Le deuxième est la réaction de l'entourage qui peut être totalement inadaptée et nocive pour le jeune qui perd encore plus confiance en lui et courra le risque de encore moins savoir comment gérer la prochaine tempête. Son manque de confiance en lui favorisera même les tempêtes émotionnelles.

 

         Pour illustrer mon propos, je vous donne l'exemple d'un petit garçon qui rentre de l'école et croise dans l'allée près de chez lui une camarade qui est seule. Il demande à sa maman de rester avec sa camarade, mais celle-ci refuse puisqu'il faut prendre le goûter, puis le bain et je ne sis plus quelle occupation bien légitime. Le petit rentre donc chez lui, pars en courant dans la salle de jeux et se met à tout jeter par terre avec une colère froide. Sa maman, initiée aux techniques d'éducation bienveillante arrive très vite, stoppe l'enfant en le prenant dans ses bras puis le sort dehors dans la foulée dehors afin de courir avec lui et faire sortir tout ce qui l'embête. Elle accompagne par des mots le fait qu'il puisse faire sortir ce qui l'embête. Une fois calmé, l'enfant explique qu'il voulait que sa copine ne reste pas seule. Il avait peur pour elle. Ils sont allés voir dehors où était sa copine. Ils ne l'ont pas trouvée. Le petit a eu ces mots : "Ca va, elle est chez elle, elle n'est plus toute seule". Et il est rentré avec sa maman, apaisé. Ils ont rangé ensemble la pièce sans dessus dessous.

     Son grand frère est inquiet et n'arrive pas à dormir. A dix ans, il devient de plus en plus colérique et agresse ou insulte presque tout le monde. Que veut-il nous dire de ces tempêtes émotionnelles ? Lui-même ne le savait pas. Après discussion à un moment post crise, il était très inquiet pour son grand-père hospitalisé et pensait que c'était de sa faute s'il était malade et croyait qu'il allait mourir. Nous avons pu parler, entendre son angoisse, expliquer, déculpabiliser. Les crises ont beaucoup diminué puis se sont arrêtées. 

    La deuxième option, que j'utilisais quand j'étais jeune papa, faute d'alternative était de crier très fort sur l'enfant, le punir. Il ne recommencera plus et conservera en lui toutes ses émotions qui ressortiront au mauvais moment, avec la mauvaise personne et la mauvaise intensité pour un mauvais prétexte... GGGRRRR, si j'avais su plus tôt ! Cette deuxième option est un puits sans fond pour perdre de la confiance en soi. Cette option est illustrée par le schéma suivant :

 

 

   Le parent ou l'éducateur ne comprenant une attitude illisible au premier abord risque d'avoir une attitude exacerbée qui va produire un sentiment d'injustice et en découlera une perte d'estime de soi.

 

         Et nos petits précoces se retrouvent certainement plus que les autres dans cette problématique éducative. Beaucoup de réponses se situent dans l'éducation bienveillante, CNV, Médiation... D'où mes prises de position contre la punition et la récompense et pour la sanction réparatrice et le chaudoudou, la médiation et l'expression des émotions, postures qui vont si bien pour nos petits et grands HP. ET comme ce qui est bien pour eux et bien pour tous les autres, profitons-en.

      Jean-François Laurent

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  • : Présentation de mes activités de formateur, conférencier et écrivain dans les domaines de l'éducation : enfants intellectuellement précoces, HPI, EIP, APIE, ainsi que tout ce qui touche l'autorité, la violence, le conflit, les règles dans les établissements scolaires. Me retrouver sur le site : www.jeanfrancoislaurent.com
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