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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 10:30

        080420101205L’avantage de participer à un colloque et d’intervenir en dernier, c’est la motivation de suivre les autres interventions, de se laisser interpeller et de devoir intégrer ces différents apports dans votre intervention. Et c’est ce dont j’ai profité à Dijon où le CECCOF (Centre d'études cliniques des communications familiales) avec François Fagard en chef d’ochestre, organisait un colloque intitullé : « CONFIANCE ET RESPONSABILITE, Prendre conscience et oser agir »

De Pascal Lardellier, professeur à l’université de Bourgogne en passant par R. Neuburger, psychiatre et thérapeute de couple, le sociologue Patrick Watier ou le psychanaliste François Auger et moi-même, dans une dimension pédagogique nous avons traité de la confiance.

 

Quelques phrases relevées au fil des interventions :

« - La confiance, c’est un sentiment de sécurité envers quelqu’un…

- La confiance est un don : Je donne ma confiance, l’autre me donne sa loyauté…

- Il y a un moment où il faut se méfier totalement ou se confier totalement…

- La confiance, je t’accorde un statut privilégié dans ta relation avec moi…

- Toute relation est dangereuse, mais on ne peut s’en passer…

- La rupture de la confiance, c’est la blessure de trahison… il faut du temps pour s’en remettre.

- C’est comme la bourse, si tu investis peu, tu gagnes peu, si tu investis beaucoup, tu risques de perdre beaucoup.

- L’inversion de la dette transgénérationnelle. Dans le passé, les enfants avaient une dette vis-à-vis de leurs parents, maintenant, du fait que les parents choisissent d’avoir un enfant, ils ont une dette vis-à-vis de leur enfant…

- La connaissance ne peut advenir sans confiance, si j’ai confiance, je peux prendre des risques. Apprendre, c’est prendre des risques. S’il y a de la méfiance dans la relation prof élève, il n’y a plus de prise de risque, l’apprentissage devient beaucoup plus difficile…

- Il ne peut y avoir confiance que s’il y a réciprocité…

- La confiance est une dynamique, un lien protecteur, une promesse d’avenir, une stabilité…

- la confiance est la capacité qu’ont les adultes à nous montrer le chemin…

- S’il n’y a pas de plaisir, il n’y a pas de confiance… »

 

Quand on replace ces quelques morceaux choisis en perspective avec l’école, on sent des espaces importants à combler.

 

Ce qui se joue entre le professeur et chacun de ses élèves est bien du registre de cette relation complexe confiance / loyauté.

Le professeur fait confiance à priori en ses élèves, il attend en retour de la loyauté, c’est-à-dire, vu par lui, une attitude conforme (sage, à l’écoute, silencieux, respectueux des codes, poli… l’élève parfait), des résultats bons et conformes à ce qu’on attendrait des jeunes de la classe. Mais est-ce toujours le cas ? Et le professeur se sent trahi et ne donne plus sa confiance.

Vu par le jeune, il donne à priori sa confiance au professeur (du moins au début de plus ou moins longue carrière d’élève). Puis il ne comprend plus : il est puni, rabroué, ne comprend plus, s’oppose. Il se sent trahi également. Nous nous retrouvons donc avec des deux côtés des personnes qui ont donné leur confiance et qui se sentent ensuite trahies. Malgré tout, elles doivent cohabiter durant des années. Nous pouvons retrouver des comportements d’élèves agressifs, violents vis à vis des profs, de leurs pairs, d’eux-mêmes, des jeunes qui n’osent plus se risquer à apprendre parce qu’ils n’ont plus confiance, qui n’investissent plus au risque de tout perdre. Nous retrouvons des professeurs qui, très rapidement, alors qu’ils avaient la flamme du débutant de carrière qui a choisi ce métier par « amour des enfants » deviennent les casseurs de jeunes en salle des profs.

Lisons cette relation confiance / loyauté qui se ressent donc de chaque côté en trahison avec des APIEs dont les émotions sont exacerbées. La catastrophe est annoncée.

OK, mais sur quels leviers jouer pour laisser rentrer une confiance durable à l’Ecole ?

- Stopper toute forme de compétition à l’Ecole :

Entre élèves d’abord, Entre parents et enseignants, Entre enseignants et soignants, en interne dans la hiérarchie de l’EN… Devenons partenaires : coopération plutôt que compétition.

Cela passe par un changement de pratiques scolaires. Interrogeons quelques pratiques d’un autre temps qu’on ne permettrait jamais dans une formation pour adultes :

         - Interroger en classe celui qui ne sait pas,

         - Remettre les résultats d’une évaluation devant ses pairs,

         - Faire passer au tableau quand on ne comprend pas,

         - L’interrogation surprise,

         - Mettre des mauvaises notes,

         - Crier pour faire apprendre, dévaloriser,

         - Ne jamais être satisfait : « Tu peux mieux faire ! »,

         - Relever ce qui ne va pas plutôt que ce qui est bien,

         - Donner encore plus de devoirs du soir quand le jeune est en difficultés, mettre des moyennes et un comparatif à la moyenne.

 

Si je résume ces changements :

       - Suppression totale des notes, classements… pour une évaluation formative.

       - Suppression totale des punitions pour des sanctions réparatrices, élaboration d’un règlement intérieur qui intègre cette notion

       - Formation de classes hétérogènes pour faciliter la coopération entre élèves

       - Des temps de parole, d’expression des émotions pour les élèves comme les professeurs

       - Formation des élèves à la médiation, gestion des conflits

       - Paroles positives, chaudoudoux, cadre bienveillant.

       - Cadre bienveillant (je l’ai déjà dit, mais c’est si important)

 

 

       Oui, les jeunes doivent avoir plaisir à aller à l’Ecole et pour cela, ils doivent avoir confiance en leurs professeurs. Sans confiance, pas de plaisir et sans plaisir, pas de confiance. Les jeunes ne doivent pas souffrir pour apprendre, ce qui n’enlève aucunement l’exigence de l’apprentissage, le goût et le plaisir de l’effort, la fierté de l’accomplissement de la tâche.

Oui, je continue de rêver à cette école qui est repartie dans la bonne direction, dont les intentions sont redevenues plus en adéquation avec mes convictions. Je fais confiance en l’avenir…

                            Jean-François Laurent

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