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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 07:56


    Une nouvelle fois, Franck revient à la maison avec un mot sur son carnet. Il en est au dix-huitième depuis la rentrée de septembre 2012. Vous allez me dire que cela fait beaucoup ? 32 heures de cours par semaine X par 8 semaines, cela fait donc 256 heures de cours un mot toutes les 14 heures de cours environ sans compter que le jeune est
demi pensionnaire et qu’il a pu prendre des mots pendant ce temps périscolaire….photo gigi 1
     Les parents qui le vivent au quotidien savent ce que cela signifie, les parents de moins de 35 ans aussi, les autres moins. J’explique la logique sous-jacente : Quand un jeune commet une transgression de règles, à discrétion de l’adulte, le collégien a un carnet de correspondance sur lesquels sont notés le règlement intérieur de l’établissement, des espaces pour les retards ou absences du jeune ainsi que des pages ou feuillets afin que les adultes puissent se plaindre du jeune, soit pour des raisons de travail, soit pour des raisons de discipline. Le carnet est communiqué aux familles qui le signent, le jeune montrant que ses tuteurs légaux ont bien pris bonne note du « mot ».
Mais à quoi cela sert-il ? Qui a-t-il derrière ?
     Le pari, l’hypothèse qui est posée par cette pratique qui mérite qu’on l’interroge est que si les parents sont au courant de la transgression du jeune, ceux-ci vont réussir à faire cesser ce comportement au collège, sachant qu’avant de mettre un mot sur le carnet, le professeur ou l’éducateur a déjà menacé : « Attention, si tu ne te tais pas, tu vas avoir un mot sur ton carnet ! » En sachant également que, souvent, au terme de trois mots sur le carnet, le collégien est collé deux heures.
     Nous pouvons imaginer que si l’adolescent a des comportements où il recherche le cadre au collège, on peut imaginer que c’est la même chose à la maison. Derrière tout cela, nous sommes dans une logique de menace et de répression en cas de transgression de règles. Nous sommes loin d’une logique éducative qui enseigne au jeune le comportement adapté.
    Imaginons également que le jeune rentre à la maison avec un mot sur son carnet, qu’il a deux frères plus grands que lui et que sa maman est seule, fatiguée et en difficulté dans la gestion de sa famille. Quels seront les effets de ces mots sur le moral des troupes ? Que va pouvoir dire cette mère ? Que va ressentir le jeune vis-à-vis de sa maman qui risque, une nouvelle fois, d’être bafouée dans son autorité ? Dans le meilleur des cas, elle signe discrètement le carnet en espérant que son enfant soit réprimandé par le collège et que tombent les fameuses deux heures de colle. Dans le pire des cas, elle se fait humilier par son enfant qui a pris le dessus et qu’elle n’arrive plus à contenir.
Si cela fonctionnait, cela se verrait !
     Or, nous retrouvons toujours les mêmes jeunes avec des mots sur leur carnet. Ce système répressif ne fonctionne pas avec une majorité des jeunes, mais c’est une des armes qu’a le professeur à sa disposition pour faire régner l’ordre dans sa classe et le travail consciencieux. Cela ne fonctionne pas parce que l’hypothèse des parents « contenants » est aléatoire. Et je ne condamne absolument pas les familles dont la tâche est de plus en plus difficile, comme pour les professeurs d’ailleurs : famille mono parentale, recomposée, chômage, crise économique, pauvreté, crise de l’autorité, … et j’arrête sur les boucs émissaires bien trop nombreux. Les professeurs ne peuvent pas se plaindre que les familles se mêlent de leurs affaires si, très et trop régulièrement, on leur renvoie « la patate chaude ». Voici ce que fait votre enfant (sous-entendu, ton enfant est mauvais, débrouille-toi ! mais je veux qu’il revienne meilleur demain)
     Oui, j’exagère, mais à peine. Bien sûr que le professeur a été « éduqué » prof dans la salle des profs avec ces outils mis à sa disposition. Bien sûr qu’il trouve légitime de prévenir la famille quand le jeune déborde. Bien sûr que c’est une menace qu’il peut brandir afin de contenir le jeune… Oui, oui, mais cela ne marche pas et produit des effets contraires : violence, injustice, mauvaise image de la fonction parentale, mauvaise image pour le jeune…
Mais qu’a-t-on donné à ce pauvre professeur pour assoir son autorité ? Que lui a-t-on communiqué d’autre que cette culture répressive qui fonctionne pour quelques bons élèves, qui, une fois par an, se retrouvent avec un mot, rentrent à la maison l’air penaud, se présentent devant leur père, tête baissée, rouge de honte et expliquant avec humilité la bêtise faite, le papa grondant, soutenant le collège et le professeur et le jeune retournant dans sa chambre après avoir promis qu’il ne recommencerait plus. Mais cela, c’est dans les livres comme on dit…
Que peut faire le professeur ?
Les réponses sont multiples.
    D’abord parler de lui avec l’élève, de ce qu’il voit, de ce qu’il ressent. Il peut se mettre en colère, mais avec des phrases « je ». Il parle de lui et non sur l’autre.Prendre l’élève à la fin du cours pour s’expliquer, se faire aider d’un tiers éventuellement. Oui, cela prend du temps après les cours, mais cela vaut le coup. Il faudra bien un jour dire clairement aux professeurs que leur fonction ne s’arrête pas à l’heure de cours. (Il faudra également leur fournir des bureaux dans l’enceinte du collège pour recevoir les jeunes dans de bonnes conditions)
Demander au jeune ce qu’il s’est passé pour lui, ce qu’il a ressenti, comment il pourrait faire autrement la prochaine fois. Bref, tisser du lien, chercher à comprendre pourquoi le jeune transgresse la règle souvent. Il n’existe pas de transgresseurs heureux.
    Quand le jeune a transgressé, lui proposer de réparer l’erreur commise, s’excuser éventuellement. La réparation peut être contraignante et exigeante si besoin est (préparation d’un texte, demande d’attitude parfaite, prise de parole devant les autres, travaux d’intérêt généraux en lien avec l’erreur commise, …)
De manière plus générale, le collège peut adopter une autre politique où le jeune a plus de parole : conseil des élèves, de la vie scolaire, lieu d’expression de parole, fin des exclusions de cours pour aller chez les surveillants pour des passages de relais, rencontres avec les familles.
Pour les jeunes qui ont le plus de difficultés à respecter le cadre du collège, leur adjoindre un tuteur et passer contrat sur des points réalisables.
     Pour d’autres, ce sera de poser son regard sur ses éventuelles difficultés en terme d’apprentissages scolaires et faire en sorte d’adapter son parcours afin qu’il retrouve le chemin de la réussite. Un jeune en difficulté est un jeune en souffrance et ses difficultés scolaires peuvent activer des attitudes non respectueuses du cadre.
Seul, le professeur ne s’en sortira pas. Il s’agit de prendre un virage collectif pour sortir d’un système répressif dont le carnet en est une illustration parmi d’autres. Il s’agit d’initier une autre politique au collège comme à l’école primaire ou au lycée) une logique coopérative, moins répressive avec plus d’empathie pour ces jeunes dont le passage dans l’adolescence est délicat et mérite qu’on apporte des réponses adaptées.
                  Jean-François Laurent
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commentaires

I
bonjour
Répondre
I
bonjour, je suis en 6ème et j'ai trop de mots environ 15 mots et je ses pas comment arrêter les mots j'en peu plus sa me gâche trop la vie vous pouvez m'aidez?

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  • : Présentation de mes activités de formateur, conférencier et écrivain dans les domaines de l'éducation : enfants intellectuellement précoces, HPI, EIP, APIE, ainsi que tout ce qui touche l'autorité, la violence, le conflit, les règles dans les établissements scolaires. Me retrouver sur le site : www.jeanfrancoislaurent.com
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