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                                      Médiation scolaire, prevention de la violence

 

 

          Un conflit entre élèves est un signe de vie, un acte naturel. Il suffit  d'apprendre ensemble à le gérer. Il est sain que des enfants soient en conflit entre eux, mais également qu'ils s'opposent aux règles à intégrer pour mieux vivre ensemble. Comment pourraient-ils apprendre s'ils ne se confrontaient pas à ces règles ? La question de l'apprentissage de ce type de situations reste entière. La réponse ordinaire pour un jeune est de se décharger du problème en le confiant à l'adulte qui va  le trancher à sa manière, comme il l'a appris, ou plutôt comme il l'a toujours vu faire : le premier qui court vers l'enseignant est la victime. L'enseignant prend le parti de la victime et étouffe les ressentis de chacun avec une punition. La personne qui pratique de cette manière ne fait qu’appliquer ce qu’elle a toujours subi et ce qu’on lui a enseigné, cependant  il devient urgent et possible de s'y prendre autrement.

 

         Comment aborder le problème de la discipline, de l'autorité, des relations conflictuelles à l'école voire le regard des enseignants sur la transgression sans une litanie de plaintes, de discours larmoyants, de souvenirs du bon vieux temps où tout le monde obéissait au doigt et à l'œil ?

-  Notre premier point propose un changement de regard : si au lieu de voir ces nouvelles relations comme un problème, nous les regardions comme une opportunité d'action. Facile à dire, à écrire, mais comment ne pas s'user au quotidien, résister, conserver ce cadre scolaire ? Voilà le pari que nous tentons de relever : éduquer les jeunes à de nouvelles relations, leur apprendre une nouvelle autorité qui permet à tous de grandir, de se reconnaître, de favoriser une belle image d'eux-mêmes car sans belle image, aucune construction harmonieuse de l'individu ne peut exister, il est impossible d'appréhender un monde nouveau.

 

         -  Le deuxième point qui facilitera la perception de l'enseignant est de considérer une transgression de règles comme un espace d'apprentissage, une occasion de mener à bien une expérience de vie et de capitaliser ainsi des compétences sociales et relationnelles pour l'avenir.

         Comparons un apprentissage en français et un apprentissage social. D'un côté, l'enfant n'arrive pas à écrire correctement un paragraphe d'expression écrite, de l'autre, il n'arrive pas à se contrôler quand il joue au foot, il doit gagner à tout prix et quelquefois s'énerve, ne suit plus la règle demandée, donne des coups de pied. Dans les deux cas, il s'agit bien d'apprentissages à mener pour l'enseignant. On affirme assez facilement dans le cadre du Français que l'enfant a le droit à l'erreur (officiellement l'erreur a sa place dans les instructions ministérielles). Elle permet au professeur d'identifier ses difficultés et de pouvoir ainsi les pallier en aidant l'enfant, donnant des explications, la possibilité de s'entraîner, de confronter ses réponses avec d'autres et ainsi progresser. Qu'en est-il lorsqu'un enfant transgresse une règle ? Il se fait "moraliser", voire gronder et punir.       Travailler au sens des règles est certainement beaucoup plus formatif qu’appliquer une règle en fonction de menaces plus ou moins dissuasives à court terme. « Le haineux qui punit l’autre dans l’espoir de se faire respecter à l’avenir est bien naïf. C’est comme s’il croyait qu’il suffit de casser la branche qui vient de l’assommer pour être définitivement protégé des bosses. »

         Dans ce domaine des relations, l'enfant n'aurait pas le droit à l'erreur, comme s'il devait être immédiatement parfait, comme si cet apprentissage des relations aux autres ne s'acquerrait pas avec patience et douceur. Il est intéressant de comparer une transgression de règles de français et de règles de vie. Aussi bien l'une que l'autre nécessitent du temps, de l'entraînement, des balbutiements, des essais, des reprises, du sens, de la compréhension : apprendre tout simplement. C'est l’une des missions de l'école.

         Spontanément, l'enfant ne sait pas comment s'y prendre, comment ne pas se laisser envahir par ses pulsions, ses émotions tout comme il maîtrise mal la règle du participe passé. On doit lui apprendre, lui montrer la voie à suivre. Tout comme il serait ridicule de faire copier des lignes pour que l'enfant comprenne que la règle ne s'applique pas de la même façon avec le verbe être ou avec le verbe avoir, il est aussi stupide de faire copier des lignes pour que l'enfant ne recommence pas à se battre ou pour qu'il se taise afin de respecter la parole de l'autre, enfant ou adulte…

         - Un troisième point essentiel est d'Agir sur l'intelligence et non sur la peur.

La tradition, l'histoire, l'actualité nous ont montré que souvent, adultes ou enfants  respectent une règle de vie en société non parce qu'elle les protège, mais par peur de se faire attraper, peur du gendarme. Pourquoi ?

L'enfant a été élevé dans cette logique : "Si tu fais ça, gare à toi … Tu vas avoir une fessée… »  qui se transforme en « Tu vas perdre quatre points sur ton permis de conduire… » La menace est régulièrement présente, voire toujours. L'enfant est conditionné dès son plus jeune âge à obéir à une règle, non  parce qu'il la comprend,  qu'il mesure en quoi elle est pertinente pour lui et en quoi le respect de cette règle le protège mais parce qu'il va se faire taper sur les doigts, punir, menacer du loup, d'une retenue…

          Il semble plus pertinent de miser sur l'intelligence. Charles Rojzman l'explique clairement lorsqu'il écrit : "L'intelligence peut se développer si la peur se dissipe. C'est pour cela que nous devons créer des classes sans peur, qui fonctionnent comme des équipes centrées sur un même objectif"

  Ainsi nous introduirons le sens de la règle dans les étapes du règlement d'un conflit avec des enfants grâce à ces questions : en quoi la règle te protège-t-elle ? En quoi il est intéressant pour toi comme pour moi de la respecter ? Qu'est-ce que je gagne à respecter cette règle ? Agissant ainsi, nous misons sur l'intelligence des enfants et non sur la peur. En formation ou au cours d'une médiation, ils répondent souvent à ces questions par : "Je vais me faire gronder… Ce n'est pas bien… Je vais être puni… Mes parents ne vont pas être contents… Mon papa va me taper… Parce qu'il ne faut pas…" Ils ne mettent pas d'intelligence derrière la règle comme si elle était là pour les contraindre et non pour les libérer.

 

          Et dans la pratique ?

 

     Les écueils à éviter, dont les habitudes sont ancrées depuis longtemps dans les pratiques courantes de gestion des conflits, sont au moins au nombre de quatre :

 

- Rechercher qui a commencé

 

- Questionner : "Pourquoi tu as fait cela ?"

 

- Chercher à ce que les protagonistes du conflit fassent la paix

 

- Infliger une punition au final

 

  Une transgression de règles, qu'elle soit une bagarre entre jeunes, ou une entorse vis-à-vis de l'institution ne nécessite pas de punition. Pourquoi faudrait-il faire payer ? Se situer dans une logique d'apprentissage exclut le recours à une punition qui châtie, humilie ou exclut.

 

 

   Sans négliger le fait qu'il est important d'approfondir le sujet par des lectures, des formations à la gestion non violente des conflits, voici ci-après quelques étapes indispensables à respecter :

                  

 

          - Ecouter d’abord les partenaires du conflit, ce qu'ils disent de ce qu'ils ont vécu sans chercher une vérité mais leur vérité.

 

                   - Rechercher les zones d'accord et de désaccord sur des perceptions différentes.

 

                   - Permettre à chacun d'exprimer ses propres ressentis et d’entendre les ressentis de l'autre, donner une place aux émotions.

 

                   - Réfléchir ensemble à la règle transgressée, en quoi cette règle protège.

 

                   - Rechercher ensemble d'autres manières de résoudre le conflit en respectant la règle et l'autre personne.

 

                   - Nommer les besoins de chacun en terme de réparation, "Pour se sentir bien".

 

         Une transgression de règles peut inviter à un « mieux-être », donc être mieux ! Se situer dans une logique d’apprentissage fait la part belle à une sanction qui accueille, fait grandir, intègre et rend intègre.

 

 

         En quoi l'enseignant a-t-il intérêt  à fonctionner dans ce cadre ? Effectivement, pratiquer la gestion des conflits de cette manière prend du temps au départ. Développer cette culture nécessite de l'espace temps pour devenir espace d'apprentissage. L'objectif est bien de faire en sorte qu'il y ait moins de transgressions parce que moins de récidives ; un autre objectif pourrait être également d'apprendre aux enfants à gérer leurs conflits de cette manière. Explorer la piste de la médiation scolaire et plus particulièrement de la médiation par les pairs est l’une des réponses appropriées aux objectifs d'apprentissage à la relation, au conflit. Très tôt, trop tôt, nous plaçons l'enfant dans un cadre où l'adulte gère ses conflits pour lui, le déresponsabilise. Combien de fois dans une journée, une semaine, une année un enseignant entend : "Maîtresse, il m'a fait ça !" Ne nous plaignons pas qu’une fois adultes, au moindre différend avec un voisin, nous soyons démunis et courions au plus vite au commissariat pour porter plainte … comme nous courions au plus vite chercher l'enseignant, le surveillant dans le même but.

 

    Changer son regard, choisir de prendre le conflit, la transgression de règle comme une opportunité, un espace pour apprendre ensemble permet de ne pas subir la situation, de ne pas la prendre comme une charge de plus et un parasite à l'enseignement, mais plutôt comme l’un des plus grands paris à relever pour le Monde de demain. Voici la mission à laquelle sont appelés les enseignants de 2009.

 

                         Jean-francois.laurent@hotmail.fr

                                www.hommes-in-idees.fr

 

 

Petitcollin C., Emotions, mode )d’emploi, Jouvence, 2003, p 50.

Rozjman Ch. Et Théa, C'est pas moi, c'est lui, J-C Lattes, 2006, p 76

Filliozat I., l’Intelligence du cœur, Marabout 2003

  Prairat E., Eduquer et punir, Presses Universitaires de Nancy, 1994

  Dubet F., Le déclin de l’Institution, Seuil 2003

Mainanti-Lesot M.,  Laurent J-F, De la violence à la coopération, si on essayait ? A paraitre

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  • : Le blog de Jean-François LAURENT
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