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L’éducation restaurative, un enjeu pour l’avenir

 

         L’institution scolaire est touchée de plein fouet par une crise d’autorité. De nombreux acteurs du système éducatif, dans de nombreux pays européens : Belgique, France, Espagne, Angleterre, Italie... sont confrontés à des problèmes d’incivilités, voire plus grave de violence. L’Ecole ne fait plus autorité. Ce qui allait de soi il y a quelques années ne l’est plus maintenant. L’Ecole est contestée. Le risque est grand de rester dans une dualité du « tout laxisme, ou tout autoritarisme ». D’autres voies sont possibles. L’éducation restaurative en est une.

 « Les enfants ne respectent plus rien, de mon temps… » Une nostalgie du temps passé s’instaure progressivement avec la tentation de remettre en place des pratiques abandonnées peu ou prou parce que dangereuses. Le passéisme frémit. La solution n’est pas dans le plus ou le moins d’autorité. La réponse est certainement dans une autre autorité qui mette en jeu d’autres paramètres : relation enseignant – enfant, enfant – enfant, parents – professeurs… Chaque personne pourra s’impliquer dans des formations à un « mieux vivre ensemble » qui découle souvent sur un « mieux être ensemble ».

 

         L’éducation restaurative est un autre regard posé sur le jeune et la conception de son éducation. Ambitieuse, elle vise dans un premier temps à modifier le regard que la personne en devenir pose sur elle-même et vise essentiellement à développer la confiance en soi. Le respect du cadre repose sur le développement de l’intelligence, du sens des règles à respecter

L’éducation restaurative s’appuie sur :

Un respect infini de l’enfant, une éducation qui bannit les humiliations, la soumission, la souffrance.

Le développement de l’écoute des émotions de l’enfant, dès le plus jeune age.

Une pédagogie de la réussite et de la diversité des intelligences (relationnelle, artistique, kinesthésique, cognitive…)

Une éducation qui s’appuie sur l’intelligence au détriment de la peur.

L’apprentissage des relations entre jeunes, mais également avec des adultes.

L’apprentissage de la gestion pacifique des conflits pour tous les jeunes.

Une transgression de règles comme étant un espace d’apprentissage.

Le respect de règles cooptées par l’ensemble des acteurs.

La suppression des punitions remplacée par des sanctions réparatrices.

Des structures de parole citoyenne de l’enfant (conseil d’élèves…).

Une formation de tous les éducateurs à la médiation.

 

         Il s’agit de mettre en place une logique éducative  dès le premier âge L’école est particulièrement indiquée pour ce changement dans la manière « d’élever » les enfants. Elle est souvent chronologiquement le deuxième lieu de socialisation après la famille.

 

Sur quels points s’étaye  le concept d’éducation restaurative ?

 

          Il s’agit dès le plus jeune age de privilégier des temps d’écoute de l’enfant, de ses ressentis, être au plus près de ses besoins. Le jeune apprend à dire et ne pas garder en lui des incompréhensions, des frustrations, des blessures. Il apprend à reconnaître ses émotions et les exprimer de manière recevable par autrui. Il découvre le vocabulaire des émotions. Il distingue émotions et sentiments. Il apprend ainsi à mieux se connaître, à mieux s’aimer. Chaque évènement devra contribuer à l’aider à grandir hors des humiliations, loin de la peur. Il gagne progressivement confiance en lui ou plutôt il n’écorne pas son capital confiance. L’éducation restaurative favorise chez chacun un ego développé, fort, juste.

 

         L’éducation restaurative favorise un mode participatif de tous les acteurs du système à l’élaboration des  règles qui régissent le groupe : enseignants, chef d’établissement, éducateurs, enfants, parents, personnel administratif, de service...

 

         Dans le cadre de l’éducation restaurative, une transgression de règles est une occasion d’appendre à vivre ensemble et respecter ces règles qui protègent la vie de l’individu et du groupe. Pour qu’un enfant intègre une règle, il la tutoie, franchit la ligne interdite. Ce ne sera jamais une occasion de punir pour que l’enfant obéisse par peur. Il n’y a pas d’age pour commencer cette forme d’éducation, c’est dès le début de la vie : Tenir les règles, mais avec bienveillance. Dans le cadre de l’école, nous avons à faire aussi à des apprenants relationnels qui ont donc le droit à l’erreur.

 

         L’éducation restaurative s’appuie sur le levier de l’intelligence et non sur le levier de la peur ou de la menace qui très tôt est inculquée à nos enfants. Les enfants respectent une règle parce qu’elle les protège, leur est utile et non parce que « c’est comme cela » ou « qu’il ne faut pas »

« - Attention, tu vas voir, le loup va venir ! 

- Attention, tu vas voir ton père ce qu’il va dire !

- Au prochain avertissement, tu iras chez le directeur»

La compréhension du sens de la règle est mise systématiquement en avant.

 

         L’éducation restaurative favorise la sanction réparatrice et exclut totalement le système punitif, répressif. Les objectifs de la sanction réparatrice sont :

- Favoriser la responsabilité de chacun des protagonistes dans un conflit ou une transgression de règles.

- Préparer l’avenir avec d’autres alternatives.

- Permettre à chacun de mieux se connaître avec nos limites et nos forces.

- Permettre à la personne de comprendre la règle transgressée.

- Permettre à chacun des protagonistes de sortir grandi suite à  la transgression ou le conflit en ayant réparé, en s’étant réparé, en ayant appris sur lui, sur la situation, sur l’autre.

 

         L’éducation restaurative met en avant les signes de reconnaissance positifs. Il s’agit de tout faire pour que l’enfant ait une belle image de lui. L’enfant apprend lui-même à communiquer et exprimer des signes de reconnaissance positifs à autrui. Il sait complimenter de manière sincère. Il sait recevoir les compliments et les apprécier.

 

         L’éducation restaurative s’appuie sur une pédagogie participative qui privilégie la confrontation à des situations problème, à des activités qui ont du sens, qui placent l’enfant en projet d’apprendre. Elle privilégie des temps de confrontation entre pairs, de métacognition. Elle s’appuie sur une évaluation formative qui construit le jeune. Elle met en avant ses réussites plutôt que les écarts à la norme attendue.  

 

         L’éducation restaurative met en place des structures d’apprentissage à la gestion des conflits. Les enfants apprennent des techniques de médiation par les pairs, d’écoute active, des techniques de résolution pacifique des conflits. Tous les adultes apprennent également les mêmes techniques et postures de médiation.

        

         L’éducation restaurative favorise des relations horizontales et non un autoritarisme hiérarchisé imposé d’en haut. Nul besoin de cris, de coups pour imposer ses idées. Il s’agit pour les adultes de témoigner par leur vécu en responsabilité qui pourra ainsi se transférer aux enfants. Les adultes servent d’exemple pour les enfants. Le mimétisme est une source d’apprentissage. La cohérence d’ensemble du système est favorisée.

 

Des idées reçues

         Contrairement aux idées reçues, mettre en place une éducation restaurative a pour conséquences à court, moyen et long terme de permettre à l’ensemble des enfants de progresser encore plus dans les apprentissages dits scolaires puisqu’ils auront progressé dans la gestion de leurs émotions, dans l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, dans leur sécurité affective. Des chefs d’établissement en Angleterre mettent en place ce type de pratiques pour que le niveau général de l’école augmente de manière visible et rapide. On n’oppose pas éducation restaurative et apprentissages scolaires. Les deux vont de pair.

 

         Un deuxième point important vient heurter des idées trop rapidement installées. Ce n’est pas parce qu’on met en place des structures de médiation, d’écoute active et de communication non violente qu’il n’y a plus de règles. Bien au contraire, plus des établissements vont travailler dans cette logique, plus ils vont mettre en avant les règles de l’école, plus ils vont réfléchir à ces règles, permettre leur intégration progressive, modifier le rapport classique du « pas vu, pas pris » qui s’instaure très vite dans les esprits. Plus ils les respecteront parce qu’ils sauront pourquoi ces règles protègent le jeune et sont à son service.

 

L’éducation restaurative concerne l’ensemble des personnes

 

         Il ne s’agit pas d’installer dans chaque établissement des spécialistes de ce type d’éducation. L’éducation restaurative concerne l’ensemble des membres de la communauté scolaire : les enfants bien sûr, mais également les enseignants, le personnel éducatif au sens large, le personnel administratif et de service, mais également les parents directement concernés par ce changement de logique. Nous parlons de changement de culture. Tous les niveaux du système sont concernés par cette culture de la médiation appelée au sens plus large d’éducation restaurative.

 

       Une opportunité pour moderniser et généraliser l’ensemble des pratiques de l’Ecole

 

         L’éducation restaurative, dans un premier temps, va interroger le règlement intérieur, les pratiques relationnelles entre les enfants, le système de sanctions mises en place. Des enseignants impliqués vont modifier leur relation pédagogique dans la classe. Un chef d’établissement pourra sans risque asseoir son autorité différemment. Les choses vont se modifier progressivement. Elles pourront aller jusqu’à interroger le système d’évaluation des élèves, la place de la parole des jeunes dans l’Ecole, l’organisation pédagogique du cours… Le climat sera changé, les violences entre jeunes ou avec les adultes seront raréfiées, les enfants seront plus équilibrés, mieux entendus, le respect des règles amélioré, le niveau scolaire augmenté.

 

 

         Notre travail de recherche ainsi que notre expérience du terrain nous ont amenés à définir les conditions qui optimisent la diffusion de cette culture de médiation que nous avons appelée également éducation restaurative. Il s’agira dans un premier temps d’identifier un certain nombre d’établissements qui ont des caractéristiques particulières avant une généralisation à l’ensemble du  système.

         - Un chef d’établissement charismatique, reconnu par son équipe et volontaire pour innover dans ce registre des relations dans l’Ecole.

         - Une équipe enseignante soudée, relativement stable avec laquelle nous pouvons travailler sur plus d’une année.

         - Un établissement scolaire qui a déjà une certaine culture de l’innovation, qui donne une place importante à l’écoute des différents acteurs du système.

         - Un établissement accueillant un public hétérogène.

 

         Une fois le travail amorcé et les effets visibles sur les membres des différentes  communautés éducatives concernées, il sera possible d’étendre les principes mis en avant vers d’autres établissements volontaires. Une dizaine de journées de formation par établissement sont nécessaires pour amorcer une culture d’éducation restaurative dans un établissement scolaire. Des échanges de compétences peuvent être mis en place les années suivantes avec des observations dans chaque lieu de formation. Nous favorisons la formation conjointe des jeunes et des adultes à des techniques et postures de médiation, de gestion des conflits, d’écoute active…

Nous favorisons la nomination d’un adulte référent en médiation interne à l’établissement, mais également un service de médiation externe à l’établissement qui servira de ressource pour tous et pourra gérer des conflits institutionnels.

 

         En prenant les enfants à la base, c'est-à-dire dès le plus jeune age, dès leur arrivée à l’école en favorisant l’expression des émotions, avec une posture de médiation mise en place par les enseignants sur lesquels vont se construire des attitudes de gestion des conflits. Ayant tous suivis une formation à la médiation par les pairs dès l’age de huit ou neuf ans, les formations suivantes ne seront que des compléments de formation, des analyses de pratique, des approfondissements.

 

Conclusion

         Que nous réservera cette diffusion à grande échelle ? Quelles attitudes exploreront les jeunes ? Nous faisons le pari de l’intelligence des relations, des émotions. Des jeunes arrivant en collège auront une image d’eux-mêmes revalorisée, confiance en eux, se connaissant mieux avec leurs forces et limites. Leurs relations seront apaisées, la confiance en l’institution renforcée. Il est également question d’amélioration des compétences scolaires. Mieux dans leur tête, mieux dans leur corps et leur cœur, ils seront plus disponibles pour apprendre, plus libérés pour oser risquer sans peur. Le temps perdu sera gagné, l’atmosphère des classes plus sereine, les professeurs et les élèves ensemble pour travailler et vivre ensemble. Le Monde en sera changé.

         Mais cela ne suffira pas si les professeurs ne changent pas de logique d’enseignement. Vont-ils écouter les élèves et modifier leurs pratiques pour aller vers une pédagogie plus multiforme, hétérogène plutôt que vers une transmission uniforme des savoirs ? L’éducation restaurative interroge, remet en cause les pratiques d’enseignement. Sans cela, le système produira toujours sa propre  violence vers ceux qu’elle est censée protéger. A terme, ils rendront cette violence. Il ne peut y avoir de changement de relation entre les Hommes de l’Ecole sans changement de relation au savoir, sans une approche des connaissances dites scolaires rénovée.

 

         L’éducation restaurative n’est pas un gadget de plus, une mode. Il s’agit de transformer les relations dans l’établissement afin de l’étendre ensuite à l’extérieur de l’école : dans la famille, dans les associations, dans l’entreprise… dans les formes de management du Monde. Une génération seulement est nécessaire et suffisante pour changer la face des relations entre les Hommes. L’instauration de ce changement de culture doit être à long terme, doit rentrer dans les modes de relation naturels.

 

         On peut parler de forme d’écologie Humaine.


 

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